Accueil Date de création : 17/05/08 Dernière mise à jour : 20/09/08 15:46 / 5 articles publiés

En selle avec Monte Hellman 1/2  posté le samedi 20 septembre 2008 15:46

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Au début des années 60, Monte Hellman et Jack Nicholson sont tous deux des poulains de l’écurie Roger Corman, le spécialiste des séries B produites vite, pour pas cher, et qui peuvent (doivent) rapporter gros.

Les deux hommes collaborent d’ailleurs sur trois des quatre premières réalisations de Hellman : « The terror » (1963), « Flight to fury » (1964), et « Back door to hell » (1964).  Peu après ils se retrouvent sur une production typiquement Corman. En gros, celui-ci les envoie dans l’Utah, avec un (petit) budget, et la mission de tourner un western. Le contenu du film, Corman s’en tamponne, tant que celui-ci possède un potentiel commercial (comprendre de l’action et/ou des femmes peu vêtues) et que le réalisateur ne dépasse ni le budget, ni le délai de tournage. S’il est un mérite qu’il faut reconnaître au système Corman, c’est de laisser une grande liberté aux artistes qu’il emploie, tant que ceux-ci respectent lesdits impératifs commerciaux. Nicholson et Hellman vont profiter de cette liberté pour écrire et réaliser non pas un, mais deux westerns, « L’ouragan de la vengeance » (« ride in the whirlwind ») et « The shooting », tournés dans la foulée. En profitant pleinement de cette liberté (à tel point que Corman n’appréciera pas du tout les films et les vendra directement à la télévision, Hellman devant en racheter les droits quelques années plus tard pour pouvoir les distribuer en salles), le réalisateur se pose ainsi pour certains comme l’un des pères du cinéma indépendant américain.

L’ouragan de la vengeance

L’histoire : trois cowboys s’installent pour la nuit à proximité du campement de hors-la-loi venant de dévaliser une diligence. Cernés au petit matin par une patrouille de vigilantes, les trois hommes sont présumés complices. Lorsque les vigilantes ouvrent le feu, il ne leur reste plus qu’une option : la fuite.

Dès l’ouverture du film, on peut concevoir que Mr Corman n’ait pas apprécié ce qu’il voyait à l’écran : si le film commence par une attaque de diligence, l’ « action » y est résolument anti-spectaculaire. Dépouillée, sans fioritures, on est bien loin des clichés de l’attaque de diligence des westerns de l’âge d’or hollywoodien. Ici, pas de cavalcades, le chariot est immobilisé, le forfait accompli en à peine deux minutes, et les bandits s’en retournent d’où ils viennent le plus tranquillement du monde. Puis vient un générique lui encore on ne peut plus simple, constitué d’une succession de gros plans sur les différents éléments de la diligence.

En quelques minutes, deux constatations s’imposent.

Tout d’abord, en en déjouant les codes, « L’ouragan de la vengeance » témoigne de la mort du western classique. L’Italie ne va pas tarder à le reprendre à sa sauce, et Peckinpah à « crépusculariser » le genre. Mais en ce début d’années 60, le western "à l'ancienne" est plutôt moribond.

Deuxième constatation : Hellman n’est pas qu’un faiseur, et développe un style très personnel, que l’on retrouvera d’ailleurs dans « The shooting » et Macadam à deux voies ». On a parfois qualifié ce film de « western de l’absurde » (Hellman, metteur en scène de théâtre à l’origine, a été le premier à monter «En attendant Godot » sur la côté Ouest – info dvdclassik). Et il est vrai qu’une impression étrange, un sentiment de décalage, émane du film. Dans les dialogues, tout d’abord : interrompus ou déphasés par rapport à l’action, ils reflètent l’inaptitude des personnages à communiquer. Egalement dans des scènes étranges : ce groupe de sept hommes dans une minuscule cabane,  s’observant et se jaugeant ; ce vieillard cognant inlassablement sur une souche tel un automate, ces deux preneurs d’otages jouant aux dames tandis que leurs prisonnières vaquent à leurs tâches ménagères comme si de rien n’était. Mais c’est surtout le rythme donné par Hellman à son film, lancinant, envoûtant, qui vient renforcer cette impression. Perdus au milieu de paysage désertiques ou coupés de l’extérieur dans de minuscules habitations, le temps semble s’être arrêté pour les héros.

La structure du récit est d’ailleurs intéressante, puisque celui-ci s’ouvre et se ferme sur des scènes montrant les personnages cloîtrés dans ces petites cabanes, créant un contraste frappant avec les grands espaces environnants. Entre les deux, la fuite, la ruée en avant pour échapper aux poursuivants, une cavalcade ininterrompue, et pourtant les personnages donnent l’impression de ne pas progresser. Cette course étrange démarre et s’achève dans l’une de ces petites maisons, comme si elles constituaient les deux balanciers garantissant l’équilibre du récit. A force de courir, les fuyards seraient-ils revenus à leur point de départ ? L’ambiance régnant dans les deux habitations est d’ailleurs semblable : une atmosphère de méfiance réciproque en présence des hors la loi au début du film, que l’on retrouve face à la famille de fermiers en fin de métrage.

Ces deux « scènes de cabane » confrontent également les fuyards à deux modes de vie : celui de bandits en marge du système, et celui d’une gentille famille modèle. Or, un dialogue initial nous apprend qu’ils n’ont plus à ce moment précis de place précise dans la société. Ils viennent de quitter un ranch, mais ne savent pas s’ils vont y retourner. Pour le personnage de Nicholson, c’est hors de question, et il laisse même entendre qu’il pourrait se laisser tenter par une vie de bandit. Pour le personnage de Harry Dean Stanton, « travailler pour les autres ne vaut rien », et il songe à acquérir son propre ranch. On est donc face à des hommes qui cherchent leur place, et qui vont être confrontés à deux choix de vie opposés. Et face à chacun de ces modèles, c’est avant tout de la méfiance qu’ils vont éprouver. Vu sous cet angle, leur fuite peut alors prendre des airs de quête de soi-même.

Enfin, il faut bien sûr parler du dernier élément capital de l’histoire : la milice aux trousses de nos garçons vachers, qui est l’occasion de relever le côté « rebelle » (hippie ?) de Hellman. En n’ayant pas de place précise, ces trois hommes peuvent être vus comme épris de liberté, désirant s’affranchir des cadres sociaux. La milice, qui représente le pouvoir et l’autorité -en un mot la garante du bon ordre de cette société- va immédiatement les assimiler, alors que leur seul tort est d’être au mauvais endroit au mauvais moment, à des hors la loi. Et ce faisant, elle va finalement décider de leur choix de vie à leur place, les contraignant à passer du mauvais côté de la barrière. Le message est assez clair et trouvera un écho dans « macadam à deux voies », où Hellman se placera également du côté d’une jeunesse certes paumée, mais désireuse de changement. Ici, seul Nicholson, le plus jeune des trois, survivra, et le meurtre du père de famille aura pour conséquence de libérer sa fille, qui ne connaissait jusque là que la routine du quotidien et les ordres paternels (lorsque Nicholson la questionne sur sa vie, elle ne répond que par « je ne sais pas » ; et elle est plus effrayée par l’idée d’enfreindre les règles de la maison que par les hommes qui la retiennent en otage).

 

Au final, "l'ouragan de la vengenace" est un de ces films que l'on prend autant de plaisir à regarder qu'à y réfléchir par la suite. Un film où l'on sent que derrière les images et l'action, se cache une réflexion, une démarche que l'on ne saisit aps forcément immédiatement.

Loin d'être un chef d'oeuvre, il reste un film très intéressant, recellant une part de mystère, et qui témoigne également d'une façon de faire des films aujourd'hui révolue.

 

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Tous les commentaires de l'article:
En selle avec Monte Hellman 1/2

  • ygrael

    dim 21 sep 2008 22:54

    très bon article, j'attends la seconde partie (j'adore The Shooting) !