Accueil Date de création : 17/05/08 Dernière mise à jour : 10/03/09 23:01 / 6 articles publiés

Mon humble avis sur..."le vase de sable"  posté le vendredi 25 juillet 2008 00:55

 

La police enquête sur le meurtre d’un homme retrouvé dans une gare de Tokyo. Leur seul indice est le mot « Kameda » prononcé avec l’accent du Nord du Japon…

La recette de "L'été du démon" est donc reprise ici (1): Seijo Mutsamoto pour le fond, Yoshitaro Nomura pour la mise en forme. Si dans ce dernier film, la collaboration des deux hommes était "fusionnelle" au sens où il était difficile de discerner l'influence de l'un ou de l'autre sur tel ou tel élément, la situation est ici différente. En effet, une des particularités du "vase de sable" est selon moi d'être divisé en deux parties bien distinctes, chacune portant la marque d'un des deux artistes. Dans la première moitié du film, Nomura se place en retrait, et c'est la patte du romancier que l'on distingue nettement dans cette enquête méticuleuse, où chaque détail compte. Le spectateur est placé d’entrée au cœur de l’investigation, qui rebondit d’une scène à l’autre au rythme des informations glanées. Un certain aspect procédurier, ainsi que le flou dans lequel évolue les inspecteurs, donnent réellement le sentiment d’avancer à leurs côtés sur cette affaire. Le film ravira ainsi les amateurs d’intrigue policière classique (Matsumoto touch), et serait déjà très bon s’il se cantonnait à cet aspect, l’enquête étant également un voyage à travers le Japon, avec une photographie et des décors naturels de toute beauté.

Mais dans la seconde partie, Nomura va dépasser ce simple cadre narratif, se le réapproprier, et surprendre le spectateur en conférant au film une autre ampleur, assez inattendue au regard de ce qui précède. Il va en effet lui donner, au fil de l’explication du crime, une incroyable dimension dramatique, notamment par l’insertion de certains thèmes qu’il affectionne comme la cruauté de l’être humain ou la relation père / fils. Pendant près d’une heure, et quasiment sans dialogues, le drame d’un homme nous est exposé, tandis que, monté en parallèle, celui-ci interprète au piano un concerto inspiré de sa vie, et qui vient donc directement illustrer ce que l’on voit à l’écran. Certes, ce procédé peut paraître facile, artificiel, voire mièvre. Mais il démontre surtout un immense talent de cinéaste, un superbe sens du montage, et il est très difficile de ne pas se laisser émouvoir.

Un film bivalent donc : un romancier, un cinéaste; une partie enquête, une partie drame; une partie qui fait appel à l'intellect, une qui fait appel aux émotions...mais surtout au final, un grand film.

 

(1): Pour parler chronologiquement, entre ces deux films, c'est en réalité dans "l'été du démon" que l'on retrouve la recette du "vase de sable", le premier ayant été tourné en 1978 et le second en 1974. La première collaboration entre les deux hommes remonte quant à elle à 1958 avec "Harikomi".

 

EDIT: Dans le cadre du cycle cinéma japonais, "le vase de sable" est également chroniqué par LATERNA MAGICA, qui souligne notamment l'opposition qu'opère le film entre le Japon traditionnel et le Japon moderne d'une part; le Japon des villes et celui des campagnes d'autre part. Deux thêmes qui confirment le caractère "à double facette" du film.

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