
Toujours dans le cadre du cycle "Cinéma Japonais" initié par wildgrounds, je poste ici un interview réalisé lors du Festival International de Clermont-Ferrand, et déja publié sur le site www.asiexpo.com. Il fait partie d'une série de cinq entretiens avec des personnalités du court-métrage en Asie, et visant à donner un panorama de la situation de la discipline dans cette région.
Pour le Japon, ce sont Toshiya Kubo, directeur du Festival du Court Métrage de Sapporo, et Tai Murayama, vice président de MTV Networks Japan, qui ont répondu à nos questions.

Pouvez-vous nous présenter le Festival du
Court Métrage de Sapporo ?
Le festival
célèbre en septembre son troisième
anniversaire. Nous avons trois compétitions : une
compétition nationale, une compétition
internationale, et une compétition entre
réalisateurs. Cette dernière est la
particularité de notre festival : on y récompense non
pas un film, mais un réalisateur, pour l’ensemble de
son travail. Chaque réalisateur décide lui-même
des films qu’il souhaite présenter, et c’est sur
cette “rétrospective” qu’il est
jugé. Nous sommes partis du constat que dans les festivals,
c’est le film plus que l’auteur qui est
récompensé. Avec cette compétition plus
prestigieuse, et bien sûr plus valorisante pour les
réalisateurs, nous souhaitons mettre le réalisateur,
en tant qu’artiste, en avant. L’idée d’une
compétition dédiée aux films et d’une
autre consacrée aux cinéastes nous est venue de
l’industrie musicale. En quelque sorte, la première
compétition présente des singles, tandis que la
seconde présente un album complet.
Nous avons également un marché du film
conséquent, et nous organisons un maximum de rencontres
entre le public et les réalisateurs.
D’où provient l’argent vous permettant
d’organiser le festival ?
Nous recevons de l’aide de la ville de Sapporo, et petit
à petit, des sponsors privés viennent
également nous financer.
Etes-vous satisfait des deux premières
éditions ? Ont-elles été un succès
?
Oui, nous sommes assez contents, nous avons plus de 8 000
spectateurs sur cinq jours chaque année. En terme
d’affluence, c’est le premier festival de courts
métrages au Japon, et le huitième festival de
cinéma en général.
Vous pensez qu’il existe un réel
intérêt pour le court métrage au Japon
?
Au Japon, le “Short Short Festival” de Tokyo existe
depuis une dizaine d’années. Nous travaillons avec eux
depuis la seconde édition, en projetant à Sapporo des
films primés lors de leur festival. Après 6 ou 7 ans,
nous avons donc décidé de créer notre propre
manifestation, afin d’avoir un plus grand contrôle sur
la programmation, et d’organiser les choses à notre
façon, d’être indépendants. Nous savions
qu’il existait à Sapporo un public pour le court
métrage. De plus, aujourd’hui, les courts
métrages sont de plus en plus différents, de plus en
plus créatifs, les gens les voient comme quelque chose de
nouveau, et il existe une vraie demande, peut être même
commerciale, pour ce format. Le marché du film de Sapporo
est le seul qui soit consacré aux courts métrages,
mais de plus en plus de compagnies (des opérateurs de
mobiles, des chaînes de télévision, des
compagnies aériennes…) se montrent
intéressées.
Comment le court métrage est-il perçu
au Japon ? Est-il vu comme un hobby, un moyen de se faire la main
avant de passer au long, ou au contraire comme une forme
d’art à part entière ?
Au Japon, on apprécie les courts métrages, notamment
parce qu’en y consacrant le même temps
qu’à un long métrage, ils peuvent voir de
nombreux styles différents. Le succès est donc
là, mais les courts sont plus vus comme une distraction.
Pour beaucoup, court métrage signifie amateurisme. Ils ne
réalisent pas que certains films, comme
“Usavitch” sont produits de façon
professionnelle, et que derrière ces trois minutes de film,
il y a un énorme travail. Il faut du temps pour qu’une
nouvelle discipline soit reconnue comme une forme d’art, et
le court métrage n’en est pas encore là au
Japon. Je pense que la majorité des réalisateurs de
court ont dans l’idée de passer au long dès que
possible, et voient surtout ce format comme un entraînement
et une façon de montrer leur talent. Le problème est
qu’au jour d’aujourd’hui, il n’y a pas
beaucoup d’argent dans le court métrage, il est donc
difficile d’y faire carrière !
Quel style a le plus de succès dans le court
métrage ? Qu’est-ce que le public a envie de voir
?
Il y a là encore un parallèle avec la musique. En
général, c’est la mauvaise musique qui se vend
le mieux, tandis que la bonne musique ne marche pas très
bien (rires). C’est pareil avec les courts : certains sont
très bons, mais très difficiles d’accès,
et n’ont donc pas vraiment de succès auprès du
grand public. Ceci dit, il est important que le genre soit
très varié, nous avons besoin de styles
différents : des films d’étudiants, de
professionnels, de l’animation, des documentaires... tout
comme il est important qu’il existe des styles de musique
différents !
Pensez-vous qu’il existe une touche japonaise
dans les courts métrages ? Un style, ou des thèmes
qui reviennent régulièrement ?
Je pense
que l’animation est un style typiquement japonais !
Traditionnellement, c’est un genre très populaire au
Japon, de plus, il nécessite moins de moyens que les films
live. Avec un simple PC, quelqu’un de talentueux est capable
de réaliser son court métrage d’animation
depuis sa chambre !
J’ai été surpris de constater en
sélectionnant les courts métrages pour le festival de
Lyon que nous ne recevions finalement que peu de films en
provenance du Japon. Beaucoup moins en tout cas que de pays comme
la Corée par exemple. Comment l’expliquez-vous
?
Ce n’est qu’une question d’argent.
L’industrie du cinéma est en bonne santé en
Corée. Ils ont des structures solides, de gros studios, de
grandes écoles, et ils réinvestissent leur argent, y
compris dans les courts métrages. Le système est
très différent au Japon. Il n’existe
qu’une école publique, les autres sont des
écoles privées onéreuses où il est
difficile d’entrer. Pourtant, il est difficile
d’accéder aux métiers du cinéma sans
passer par ces écoles. C’est un système
complexe. Le fait d’aller étudier le cinéma
à l’étranger est également
limité, car peu de japonais savent parler anglais.
Existe-t-il un réseau, une communauté autour
du court métrage ?
Non, pas vraiment. Internet permet aux réalisateurs
d’être en contact et de créer un “cyber
réseau”, mais tout cela manque de concret. En
matière de vie artistique, le Japon est très faible.
Il y a peu d’initiatives, de structures de type associatif.
Nous faisons la confusion entre art et divertissement. Au Japon,
c’est l’aspect commercial qui prime. Pour qu’une
forme d’art puisse se développer, il faut aussi
qu’elle soit rentable. Le contexte japonais est très
particulier. Si le succès est au rendez-vous, l’argent
suivra, et ainsi le court métrage pourra plus facilement se
développer. C’est pourquoi il est important que des
films japonais soient projetés dans les différents
festivals internationaux, ou que des gens comme vous s’y
intéressent. Si les japonais voient que la production de
leur pays suscite l’intérêt à
l’étranger, ils vont comprendre qu’il y a
là un potentiel économique (rires)
!

Qui réalise des courts métrages au
Japon ? S’agit-il essentiellement de films
réalisés par des étudiants
?
Pour donner un ordre d’idée, disons
que 5 à 10 % des films sont réalisés par des
professionnels, généralement à des fins
commerciales, 30 à 40 % par des étudiants
(à titre de comparaison, près de 60 % des courts
métrages coréens sont réalisés par des
étudiants), et le reste indépendamment par des
cinéastes amateurs.
Avant de conclure, pouvez-vous nous dire un mot sur la
série “Usavich” ?
C’est une série mettant en scène deux lapins
emprisonnés en Sibérie, l’un impassible mais
capable de colères impressionnantes, l’autre doux et
amateur de danse. Chaque épisode dure 90 secondes et les met
dans une situation inédite, racontant de façon
humoristique leur vie et leurs relation avec la porte/gardien, avec
un poussin qu’ils ont adopté, avec une grenouille
sortie de leurs toilettes… La série est produite par
MTV Networks Japan, à destination des chaînes de
télévision et des opérateurs
téléphoniques. Elle compte à ce jour deux
saisons, et nous travaillons sur la troisième.
J’espère que vous aurez l’occasion de les
découvrir bientôt en France !
Propos recueillis à l’occasion du 30e Festival
International du Court Métrage de Clermont-Ferrand
Février 2008
Vous pouvez
retrouver les autres interviews de cette série (Amir
Muhammad pour la Malaisie, Chalida Uabumrungjit pour
la Thaïlande, Yuni Hadi pour Singapour et Gina Kang pour
la Corée du Sud) sur le site d'Asiexpo: www.asiexpo.com/club , rubrique
"interviews".



















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