A lire APRES avoir vu le film!!!
(Ce qui suit est plus une réflexion (qui a dit branlette!!?) sur certains thèmes du film qu'une critique, et en laisse donc certains aspects, formels surtout, de côté).

The signal est un premier film, tourné de façon indépendante avec les moyens du bord, et qui a généré autour de lui un (plus ou moins) gros buzz, notamment en faisant la tournée des festivals de par le monde.
Des caractéristiques qui pourraient laisser l‘amateur de ciné d’horreur méfiant, échaudé qu’il a pu être par ses nombreux espoirs déçus. En effet, régulièrement, encore plus avec internet et les forums, se pointe un film sorti de nulle part, que très peu ont vu, et qu’on nous vend comme une énorme claque. Las, bien souvent, laqualité de ce genre de films ne vaut pas le battage qui les entoure(certes il y a des exceptions, cf «Tokyo Gore Police » !!!). Quand en plus il s’agit d’un premier film, le buzz n’en est qu’amplifié, puisque cela renforce le côté « sorti de nulle part », que l’on n’a aucune info sur le réalisateur, ni aucun travail antérieur auquel se référer pour avoir un premier sentiment sur le film.
Sauf que cette fois, ô miracle, c’est à un vrai bon film que nous avons affaire ici ! Pas un « Cabin fever » tout pourri ! (Je n’y peux rien, lorsque j’ai pensé petit-film-sorti-de-nulle-part-précédé-d’une-grosse-réputation qui s’avère être un gros pétard mouillé, c’est le film de maitre Roth qui m’est venu à l’esprit. D’ailleurs, le rapprochement ne s’arrête pas là, puisque le pitch de « the signal » rappelle énormément le « Cell » de Stephen King, dont Roth prépare l’adaptation officielle).

Attention, il ne s’agit pas non d’un coup de maître comme ont pu être en leur temps « Bad taste » ou « Evil dead ». « The signal » ne deviendra sûrement pas culte, ne fera peut-être pas office de référence absolue, mais il peut en remontrer à bien des films tournés avec un budget 30 fois supérieur par un réalisateur exécutant, qui tourne les projets qu’on lui soumet en simple metteur en forme. Ici, c’est la passion qui guide les trois réals (des fan boys à n’en pas douter, voir les clins d’œil à « New York 1997 », « Shining », »Frayeurs », « Videodrome » et au cinoche d’exploitation en général) et s’il est vrai que cela n’a en soi aucune influence sur la qualité du film (quoique…) cela donne une raison supplémentaire de le défendre.
"The signal" est divisé en trois parties, abordant chacune un style différent (1er segment: Dave Bruckner, 2ème: Jacob Gentry, 3ème: Dan Bush). C’était audacieux, ça se révèle très efficace, chaque partie s’intégrant parfaitement à l’ensemble tout en présentant chacune une façon d’aborder le cinéma d’horreur (réaliste, burlesque, atmosphérique), et en gardant une unité dans le style visuel, mais surtout dans les thèmes.
Les trois amis réalisateurs sont également plutôt doués avec une caméra, et même si on sent parfois le manque de moyens, le film est parsemé de bonnes idées, de plans et de séquences esthétiquement marquants.

CRAZY IN LOVE
Le film est avant tout une histoire d’amour, et conséquence de cela, de jalousie (cf les titres des deux premières parties : « crazy in love » et "the jealousy monster »). Une histoire d’amour magnifique et pourtant (ou parce que) tellement simple. Les réalisateurs (le premier surtout) font preuve d’une grande subtilité pour nous la raconter. Pas besoin d’en faire des tonnes, pas besoin de violons pour créer une émotion artificielle. Une scène nous montrant les deux amants se séparant en se promettant de se retrouver très vite pour commencer ensemble une nouvelle vie. Quelques flash-backs remplis de sourires amoureux entre deux scènes de violence. Un CD offert à l’héroïne par celui qu’elle aime, comme un talisman qui la protège du signal. Il n’en faut pas plus pour comprendre et ressentir leur relation.
" The signal » est également un film porteur d’un message, ou tout du moins d’un témoignage sur l’époque. Comme tout film fantastique portant un regard sur la société, il est un miroir de celle-ci, l’élément fantastique venant apporter le décalage permettant la critique.
CONTE DE LA FOLIE ORDINAIRE
Les réalisateurs/scénaristes laissent planer un doute quant au signal : ils jouent avec le spectateur, le laissant dans un état constant de perplexité et de confusion quant à savoir qui est "infecté" et qui ne l'est pas.
Quand Mya rentre chez elle, le couloir est rempli de gens agités, beaucoup semblant s’engueuler. Elle note que c’est étrange, mais la frontière de l’anormal n’est pas franchie. Le signal commence-t-il déja à faire effet, ou est-ce juste un exemple de la « folie ordinaire »? Plus généralement tout au long du film, tous ces gens s'adonnant au meurtre ont-ils "the crazy", ou profitent-ils (consciemment ou inconsciemment) du chaos ambiant et de « l’alibi » du signal pour laisser leurs penchants violents s'exprimer? Dans la voiture, le black est-il atteint? Perd-il la tête, soudainement, à cause du signal, ou simplement à cause de ce qu'il a vécu ?

Les accès de violence dont nous sommes témoins dans le film n’ont pour la plupart rien de fantastique. Ils sont plausibles et pourraient très bien avoir lieu dans la réalité, sans pour autant que l’agresseur ne soit rendu fou par un quelconque signal. C’est une grosse différence avec un film comme « 28 weeks later », auquel il est souvent comparé, et qui lui œuvre clairement dans la science fiction.
Deux exemples, outre le passage du couloir. Lorsque le mari (Lewis) frappe l’amant de sa femme (Ben), il est certes sous l’emprise du signal, mais les journaux ne sont-ils pas remplis de faits divers relatant comment un homme trompé a agressé voire tué son rival. Plus évident encore, lorsque l’on voit Lewis s’en prendre à son ami, on a l’impression de voir un homme stressé (il ne sait pas où est sa femme, sa télé ne marche plus), fatigué (il porte toujours son vêtement de travail) qui, exaspéré par le manège de son ami, craque nerveusement et trouve un prétexte pour s’en prendre à lui (« tu as failli frapper ma femme »). Là encore le genre de scènes auquel on peut assister tous les jours.
Dans leurs attitudes comme dans leurs actes, on ne peut jamais affirmer avec certitude si tel ou tel personnage est victime d’une manipulation extérieure, ou si ses accès de violence ne sont que la libération de pulsions qu’il porte en lui. Cette confusion est d'ailleurs illustrée par la scène du toit, où l'ami de Lewis tue un homme qui, l'ayant pris pour un infecté, l'a frappé avec un marteau.
Et finalement, la réponse n’a pas tellement d’importance, puisque se poser la question, faire la confusion entre « infectés » et normaux, c’est constater que leur attitude est la même, et ainsi reconnaitre qu’un homme « normal » peut s’adonner à la violence la plus démente. Finalement, ce signal existe-t-il vraiment ? A-t-il véritablement un effet sur les personnages ?
"Crazy in love » nous présente, de façon inquiétante, une société à la violence larvée. Le signal y représente finalement les tensions latentes, les exaspérations, et les petits riens qui laissent cette violence et la colère prendre le dessus.
Pour autant, le film ne donne pas de leçons, il n’est pas moralisateur. En nous montrant des personnes en apparence normales se livrer à la barbarie, en nous faisant douter sur les raisons qui poussent à cette barbarie, il se veut juste le reflet de notre société. "The signal", ou un conte sur la folie et la violence ordinaire.
L'ENFER, C'EST LES AUTRES
Premier constat donc: cette violence que nous porterions en nous. S'il est le plus évident dans le film, il n'est pas le seul. "The jealousy monster", le deuxième segment, poursuit dans la voie tracée par "Crazy in love" mais vient également, sous ses atours humoristiques, enrichir le propos.

Au-delà de la violence sous-jacente aux rapports humains, « l’autre » est présenté comme un obstacle au bonheur. Les propos de Lewis - qui est « l’infecté type », la représentation humaine de ce reflet exagéré de notre société - sont très révélateurs: « Vous étiez obligé de tuer ces gens. Ils vous empêchaient d’être heureux ». Un nouvel élément vient ainsi s’ajouter à la description: la violence que nous portons en nous est libérée pour nous débarrasser d’autrui, obstacle à notre bonheur. « Pour vivre heureux, vivons cachés », « l’enfer, c’est les autres », "la liberté des uns commence où finit celle des autres"…Autant de citations qui accréditent l'idée que la société moderne porte en elle une violence et une tension entre individus, contraints à cohabiter. Ce qui permet cette cohabitation, c’est la civilisation et les règles qu’elle impose. En libérant la violence, le signal fait voler en éclat ces règles, et donne un moyen radical d’atteindre son but (le bonheur) en se débarrassant d’autrui.
Ce constat est plus effrayant encore si on le rapproche des propos tenus par l'ami de Lewis à Mya: "Au début, j'ai cru que c'était des meurtres au hasard. Mais en fait ils réfléchissent. C'est rationnel, ils savent ce qu'ils font, pour eux c'est logique". Le signal ne rendrait donc pas fou, mais léverait seulement l'obstacle psychologique qui empêche à un être normal de suivre ladite logique.
FAIRE BONNE FIGURE
Cependant, la civilisation, les règles qui commandent aux relations sociales, ne sont elles-mêmes pas épargnées. Avec le brillant numéro de voisine idéale livrée par l’hôtesse da la soirée de réveillon, le film épingle une autre tare de notre société : l’hypocrisie au quotidien et surtout, le souci de toujours faire bonne figure. A présent, c’est le « qu’en dira-t-on », le souci de ne pas faire de vagues afin de ne pas être jugé, bref la norme, qui est pointé du doigt. On revient au thème de l'influence parasytaire d’autrui dans la recherche de son propre bonheur . L’autre est un obstacle; soit on suit son instinct naturel et on élimine l’obstacle en faisant disparaitre l’autre par la violence ; soit on adapte son comportement à l'autre, sans lui porter atteinte physiquement.

UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE
Autre cible du film : le matraquage publicitaire. Cet aspect semble évident. Presque trop évident. Pourtant le fait est là : un signal qui s’introduit dans le quotidien des gens, en leur disant quoi faire, de quoi ils ont envie, ce qui les rendra heureux... Difficile de ne pas rapprocher cela de l’impact recherché par la publicité, quelle qu’elle soit. Cela est même très explicite dans le film : « le signal te dit quoi penser et quoi vouloir ». On peut même assimiler le signal non seulement à la pub, mais plus généralement à la communication et à la manipulation de celle-ci.
Lorsque, à la fin du film, Ben fixe les écrans de télévision, il est alors persuadé que Mya est effectivement sa femme. Le signal lui fait croire que ce qu’il souhaite plus que tout est devenu réalité. On a même l’impression que Ben s’immerge volontairement dans le signal car il sait qu’il va y trouver une illusion qui va le rendre plus confiant et plus fort. Il se laisse manipuler, car cela rend pour lui les choses plus faciles, même s’il est conscient que ce n’est pas la réalité.
Cette idée de se laisser duper par une puissance supérieure pour pouvoir mener une vie plus paisible est, de Aldous Huxley à Matrix un élément incontournable des récits d’anticipation.
Alors, « The signal », film alter-mondialiste? Cela peut faire sourire, et pourtant, Ben à Clark : « au-delà du bruit dans ta tête, il y a le monde réel. », puis plus tard: "Si on change notre regard sur les choses, les choses que l'on regarde changent". Tout cela sonne quand même très « un autre monde est possible »...Quant à "C'est un mensonge. Le signal est un piége", cela rappelle carrément un certain "on vous ment, on vous spollie"!
Ben est la voix de ceux qui voient au delà du signal. Au contraire,dans l'opposition continuelle entre Ben et Lewis, ce dernier se révéle très attaché aux choses matérielles: "We have a good life, a house. It's precious" (très "bon pére de famille" pour le coup) et surtout trois lignes qui reflétent parfaitement certains thémes du film: "Il me dit ce que je dois faire, ce que je veux. Je veux ma femme, je veux mon appart. Et je veux que vous arrétiez tous de nous embêter."

A noter aussi, une coincidence cocasse. Dans la première version du film, sur le CD qu'écoute Mya, est enregistrée une reprise de « perfect day » interprétée par Ben. Plutôt que d’acheter le CD dans le commerce, Ben a enregistré SA version, avec ses défauts, mais aussi tellement plus personnelle. Le fait que ce soit cette chanson, enregistrée par une personne à l’intention exclusive d’une seule autre, qui protége Mya du signal est d’autant plus émouvant.
Pour des raisons de droits (bassement mercantiles!!), cette reprise n’a finalement pas pu être conservée au final…
TOUS LES MEMES...
On l'a dit, "The signal" ne se veut pas moraliste. Et pour cause, il met tout le monde dans le même sac, délivrant au final un constat assez pessimiste sur la condition humaine (oui, le terme est pompeux, masi c'est bien de cela qu'il s'agit). Le phénomène de confusion présent depuis le début du film va trouver un aboutissement, se matérialiser, dans la scène finale, où Lewis devient Ben, et Ben devient Lewis. Répétons le, le film repose en grande aprtie sur la confusion: confusion entre sains et infectés, puis confusion entre désir et réalité et partant, confusion entre individus (l'hôtesse devient Mya aux yeux de Lewis, Clark devient son mari mort aux yeux de l'hôtesse), pour aboutir à une confusion entre les personnages les plus extrèmes. Le gentil devient le méchant et vice versa, et par cette inversion des valeurs, le message délivré devient valable pour tous. Même le héros, le nice guy (et à travers lui le spectateur qui s'identifie à lui) peut céder à ses pulsions (cf la scène où il fantasme qu'il explose le crane de Lewis). Preuve supplémentaire que le film est un constat et non un jugement, ce passage du côté obscur de la part de Ben n'est pas condamné. Il apparaît même comme logique au vu de ce qui précéde. Ainsi pour récupérer celle qu'il aime, Ben se livre volontairement au Signal en se plongeant dans les écrans de la gare. Il laisse la violence s'emparer de lui pour se débarasser de l'obstcale Lewis, avant de redevenir lui-même et d'avoir une chance de vivre son amour.

Peut être que les réalisateurs n'ont jamais voulu délivrer de message avec ce film (en tout cas pas consciemment). Pourtant, "The signal" posséde bien de nombreuses significations, et de façon assez évidente il me semble.Un film peut échapper à son auteur, ce qui implique d'une part qu'il peut y imprimer inconsciemment des choses qu'il a en lui, et d'autre part que le film peut librement devenir ce que le spectateur veut y voir.
Et puis merde, dépasser
son simple statut de distraction, pour être un reflet, si possible
critique, de la société; n'était-ce pas la mission du ciné
d'horreur à une époque? 























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